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L’envol de l’Aigle et les refuges de demain

refuge-aigleComment concilier esprit ou patrimoine, et normes de sécurité, respect d’un environnement sensible, accueil décent ? Le compromis trouvé pour la reconstruction du refuge “cabane” emblématique de l’Oisans, illustre la nouvelle donne de l’hébergement en altitude entre tradition et futur. Reportage.

Sous la Meije, à 3440m d’altitude, se joue depuis 10 ans une bataille d’Hernani alpine, querelle entre anciens et modernes où cœur et raison s’entrechoquent. Cet été, le club alpin (FFCAM) espère en voir le bout. Ce 27 juin, l’architecte Jacques Félix-Faure est monté pour l’état des lieux et préparer le démontage du refuge centenaire (1910). L’Aigle, étape obligée de la classique traversée de la Meije, chargée d’histoire, aujourd’hui fermée car plus aux normes.
Après le grand déballage, compte tenu de la nécessité d’intégrer exigences et besoins contemporains, un consensus s’est péniblement dessiné. Restent les irréductibles, viscéralement attachés à cette cabane de l’ère pionnière, retardant le renouveau à coups de recours...“Ce sera le premier refuge musée”, s’enthousiasme Félix-Faure qui évalue l’état de l’ossature et démonte le bardage. Poutres et bat-flanc des dortoirs seront conservés dans la future structure. Car ces planches, “bien atteintes par l’humidité”, exhalent un pan de mémoire, les lendemains des conquêtes de Gaspard au Grand pic ou Coolidge au “Central”. À la fin de l’été, tout sera démonté.

“L’Aigle sera monté à blanc en bas, cet hiver, et si tout va bien, assemblé en 15 jours au même endroit à l’été 2014”

S’il gagne en volume (30 %), passant de 18 à 30 places, son insertion paysagère ne doit pas en souffrir. “L’autre critère, c’est le vivre ensemble. On garde le “tout en un”. Dortoir et salle à manger cohabitent”, dixit l’architecte. Ainsi, l’Aigle entrerait, à pas de chat, dans l’ère moderne des refuges, engagée dans les années 90, sans brader son âme.

Aujourd’hui, la nouvelle génération de ces bâtiments d’exception doit se plier à des critères environnementaux, entre gestion des déchets, production d’énergie et assainissement. L’Aigle sera doté de toilettes sèches. Ailleurs modules avec aspiration sous vide, traitement biologique et filtration permettent des rejets exempts de bactéries. Mais nombre de vieux bâtiments voient encore leurs eaux usées finir entre moraines et précipices. Dans les Grandes Rousses, au col de Sarenne, Fabrice André s’honore de garder le premier refuge à énergie positive. Son système d’assainissement est digne des navettes spatiales.

En moyenne montagne, douches et chambres

En moyenne montagne, l’accueil a bien changé. Désormais, point de halte sans douche.Des chambres de 5-6 lits, ornés de couettes ont remplacé dortoirs et promiscuité. Comme au nouveau refuge du Presset, sous la Pierra Menta dans le Beaufortain (Savoie), ou bientôt au Saut, sous le glacier de Gébroulaz, propriété de la commune des Allues. Si au Presset la capacité a été réhaussée pour absorber la fréquentation, du côté de la FFCAM, les dernières rénovations, (Argentière, Albert 1er ) et les futures (Col de la Vanoise) s’orientent vers une modération du format. Tendance à laquelle l’”oeuf” du Goûter, au mont Blanc, fait aussi exception. Autosuffisant avec ses éoliennes, fondoir à neige, panneaux photovoltaïques et capteurs solaires, il marque la dernière borne de l’aménagement.

L’enjeu est aussi de préserver l’esprit de ces lieux de chaleur en milieu hostile. Le refuge n’est pas un hôtel mais plus qu’un abri. Longtemps sa définition est restée floue. Un hébergement isolé, collectif, accessible à pied, dixit le rapport Serre en 2000. Depuis 1994, il est soumis aux normes incendie avec volume recueil pour les plus de 40 places. Un coût de plus à l’impérative rénovation d’un bâti vieillissant.

Dans le Vénéon (Isère), la Pilatte, le dernier construit à dos de mulets en 1954, se fissure. Sa reconstruction est un nouveau cas d’école. Jean-François Lyon-Caen et ses élèves architectes de l’Ensag à Grenoble planchent sur un équipement novateur incarnant valeurs d’autonomie, de rencontre et de réconfort. Pour ce spécialiste “un refuge n’est pas un projet lucratif, il porte en lui la rencontre entre les gens.”

(C) http://www.ledauphine.com/