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Récits

LE FESTIVAL DES TEMPLIERS (28 octobre 2007)

Septembre et octobre se dérouleront à un rythme endiablé : entraînement, entraînement et encore entraînement : des côtes, des kilomètres mais aussi de la qualité : de l’intervalle, du fartleck au parc Saint-Roc. Le groupe motive et soutient en cas de doute. Le grand jour approche, dernière semaine : repos, préparatifs.

Vendredi soir, nous sommes réunis autour d’une tartiflette. Les conversations ne parlent que de tenues vestimentaires, ravitaillement à emporter, heure lever et départ.
Samedi matin, petit décrassage très enthousiaste, l’après-midi calme : nous encourageons notre templière Véro et Benoit sur le Puma trail. Pasta party, bouclage des sacs, repos mais le sommeil nous fuit : la course nous hante, nous sommes sous pression. En Belgique, les copains sont avec nous. De nombreux SMS nous arrivent ; quel plaisir de recevoir leurs encouragements !
hv268_1.pngAndré décide d’avancer le réveil et à 3h00 nous déjeunons. A 5h00, nous sommes à Nant : départ dans 30 minutes. A chacun sa banane… nous nous dirigeons vers l’aire de départ. Le commentateur interviewe d’anciens vainqueurs, les conseils sont unanimes : partir lentement, le calvaire commencera après le ravitaillement de Dourbies, soit à la mi-course. Vient ensuite le directeur de la course qui nous raconte les légendes qui hantent le parcours, l’ermite et sa belle, l’arche des sangliers… Puis il demande d’allumer les frontales : 3000 petites lampes au centre de Nant, les fumigènes, la musique : l’hymne des Templiers Ameno de Eva et c’est le départ ! Derniers encouragements aux copains, je suis émue.

Le peloton s’étire, André me rejoint, nous resterons ensemble jusqu’à Dourbies. Nous quittons Nant sous les applaudissements d’un public nombreux à cette heure matinale. Petite route en lacet, ça monte doucement, devant et derrière une colonne de loupiottes, c’est magique. Il fait frais, un peu de brouillard, je ne vois pas les étoiles mais plus tard, la journée sera belle. Nous quittons la route, abordons un chemin qui rétrécit ; difficile de garder un rythme : quelques buis à contourner, c’est le bouchon, quelques secondes de perdues mais aussi l’occasion de souffler un peu. Ce n’est pas évident de courir à la lueur de la frontale ! Je chipote pour trouver le réglage, la vue est troublée par le brouillard, je suis sur la défensive car le terrain est technique : cailloux humides et glissants, arbustes… Le chemin s’élargit : « On dirait une ancienne voie de chemin de fer » : c’est le cas. Nous la suivons pendant plusieurs kilomètres. Je peux courir un peu, dérouler les jambes, les pieds, mettre le corps bien en rythme, en température… et la mécanique répond. Deux longs tunnels pour couper la monotonie puis nous arrivons au premier ravitaillement : Sauclières à 13,5km : de l’eau seulement. Michel nous rejoint. Quel plaisir de le voir. « Ca va dit-il, mais c’est dur ! » De grosses pierres à contourner, un chemin glissant nous montons vers le Saint Guiral. J’assiste éblouie au lever du soleil entre la brume et les arbustes, cette lumière est magnifique, quel spectacle ! Le sommet est en vue, le paysage se dévoile, le ciel est bleu sans nuage, les vallées dans la brume : une mer de nuages les bouche. C’est extraordinaire… mais il faut continuer. Descente en hors piste, le long d’un muret, technique à souhait. Dourbies approche… Mentalement, j’ai besoin d’arriver à cette étape. Non ce n’est pas ce hameau, il faut poursuivre et ça remonte ! Un enfant m’encourage. Nous y sommes enfin. Le public encourage, félicite… Quelle ambiance ! D’immenses tables sont dressées et abondamment garnies de fruits secs et frais, chocolat, barres, pain d’épice, fromages, tartines de Roquefort, eau, coca et même de la soupe. Je prends le temps de manger, boire, remplir la poche à eau, j’ôte les couches devenues inutiles, sors la casquette et c’est reparti. André peine un peu. Je préfère ne pas l’attendre, il vaut mieux qu’il prenne son propre rythme.

Montée vers la crête du Suquet, magnifique chemin en lacet. Les jambes sont bonnes – merci la montagne ! Une bonne marche me permet de doubler plusieurs concurrents. Certains montrent des signes de fatigue… or c’est maintenant que la course commence. Je me sens bien dans la tête et dans les jambes. Les Cévennes se montrent dans toute leur splendeur mais le terrain devient encore plus technique, glissant et il faut regarder où poser le pied… Déjà Trève, deuxième ravitaillement, 45km. Quelqu’un me frappe l’épaule : Hubert ! On se donne des nouvelles des copains, il repart, je le suis quelques secondes plus tard et le rejoins sur le plateau où nous aurons l’occasion de courir ensemble. Descente vers Saint Sulpice : rocheuse, pentue, pierreuse, glissante. Les organisateurs ont placé des mains courantes à plusieurs endroits afin de sécuriser certaines portions abruptes. Un concurrent est allongé : trop de crampes, il ne parvient pas à renouer son lacet, je l’aide, il peut se relever et poursuivre. Les abdominaux se font un peu sentir. Je pense à Yvan : il m’avait prévenue. Beaucoup de monde sur le pont dans le village et ce public encourage, applaudit. Cela aide car il y a encore un raidillon avant le ravitaillement.

Ensuite, un très beau et large (!) chemin en pente douce va nous séparer. Il reste environ 13km ; j’ai encore des jambes, je trottine. Hubert préfère assurer. Je me retourne, l’appelle mais rapidement, l’écart se creuse et je continue seule dans cette nature merveilleuse, généreuse.

Je rattrape les randonneurs. Véro me reconnaît avant moi, elle a l’air en forme sur ces chemins pourtant difficiles. Je passe l’arche et repense aux commentaires du directeur au départ. Les deux Benoit et Eric s’y sont arrêtés pour me laisser le passage. Je les rassure : « tout va bien, c’est super ! » Et je continue de plus belle, encore une montée.
Inscription au sol : 3,9km… cela me donne un deuxième souffle. Je n’ai plus d’eau, ce qui m’effraie un peu car j’ai peur d’avoir des crampes. J’en demande à un poste de secours : ils n’en ont pas : « Nous sommes un secours pas un ravitaillement ! » Je continue bouche sèche. A travers bois, en hors piste je rejoins la piste du Roc Nantais. Encore quelques lacets sur le plateau puis la dernière descente vers Nant. A nouveau très technique, des cordes, de temps en temps quelques foulées possibles puis un chemin en gros cailloux très inconfortable et enfin il devient carrossable. Un muret à longer et je rentre à Nant.
La foule est amassée des deux côtés de la route : applaudissements, encouragements, tout cela me donne des ailes. Les copains… je souris, je suis heureuse, je vais y arriver. Un tournant à droite, je rentre dans le parc. A gauche, je suis sur le tapis rouge. Que d’émotions !
Le chrono, l’arrivée, les félicitations du commentateur - 67km - J’arrête de courir à 10h27. C’est fini. Je suis Templier. Je l’ai fait. Je repense à l’entraînement que je me suis imposé ces dernières semaines, à la course perpétuelle pour « arriver à tout faire ». Quelle récompense ici à Nant. Pas de douleur catastrophique, juste une soif intense. Jean-Luc, Dominique me rejoignent, heureux aussi, un peu entamés. Hubert arrive à son tour, Michel et André un peu plus tard avec quelques crampes en plus. Ils ont souffert. Quel mérite de terminer dans cet état !
Les Causses, les Cévennes, l’Aigoual, : cet endroit me plait beaucoup. Quel calme, quelle sérénité après cette course d’hier. J’admire encore ce paysage à 360 degrés. La brume dissimule les montagnes magiques des Alpes où je serai ce soir. J’ai des difficultés à quitter ce lieu chargé d’histoire, chargé de mon histoire celle d’un défi mythique, magique. Quelle sera la prochaine aventure ?

Christiane Blaise