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Récits

Chronique de Dave

 

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Un spectacle tellement grandiose que nous ne l’aurions raté pour rien au monde. En plus, c’est la nouvelle lune et le ciel est d’un noir intense. L’aube point dans le lointain, les étoiles scintillent. Spectacle habituel, pourtant, deux étoiles proches l’une de l’autre, d’une blancheur blafarde se trouvent « égarées ». Deux étoiles « errantes » qui ne scintillent pas ; ah oui, qu’on appelle des planètes, Jupiter et Venus, je crois . A mon époque, une aubaine pour affiner les calculs. Si proches l’une de l’autre que la parallaxe causée par l’atmosphère de la terre est presque identique. Georges Janty avait encore rigolé : « Bien oui, on ne peut pas sortir son décamètre pour mesurer les distances entre les planètes, en plus les angles se mesurent avec une précision inégalée. C’est le moment de prouver les lois de la relativité ou de les prendre en défaut, mais tout ça, c’était une autre époque. Et puis, il y a Saturne tout près de Regulus dans la constellation du Lion, et puis il faut attendre la plein lune ; ah oui, parce qu’elle va passer dans l’ombre de la terre. Décidément, il faudra se promener la nuit, le nez en l’air, ce mois de février.

Assis au-dessus du massif de gauche à Dave, en plein soleil, tout seul, contemplant le brouillard qui couvre la Meuse étouffant les bruits qui montent de la vallée, ça fait un peu lecture d’une époque révolue, mais quel charme ! Surtout maintenant que le massif commence à retrouver son « look d’antan ». Quel travail ! Tout avait commencé pour « éviter » des problèmes avec des instances officielles, mais avec André, c’était vite devenu une passion. Tous les jours, on se contactait pour commenter l’avancement des travaux et, à chaque fois que l’occasion se présentait, on se retrouvait dans les rochers. De temps en temps des amis, des sections nous donnaient un fameux coup de main. Depuis fin février, André est parti à la pension et je me demande qui de nous deux est le plus « déboussolé ».
Ce printemps, la végétation va reprendre et il reste tellement à « fignoler ». Encore beaucoup de travail de nettoyage pour l’hiver prochain quand nous aurons une meilleure vue d’ensemble sur l’évolution du site. Mais avec les beaux jours, les grimpeurs et des groupes « peu scrupuleux » vont revenir « en masse » ainsi que les discussions interminables pour demander de ne pas utiliser de magnésie, de descendre par les chemins, d’éviter rappels et moulinettes, de convaincre d’utiliser les voies de sortie, de convaincre la « bof génération-chips-coca » qu’il y a autre chose que faire des centaines de kilomètres en voiture pour consommer quelques passages de 7 et +, au risque de confiner l’escalade à quelques pistes de danse bien patinées. Mais d’un autre côté aussi, la joie de voir de plus en plus d’anciens copains qui reviennent, les têtes brûlées des sixties, qui encadrent des jeunes, qui ont plein de choses à leur raconter, qui leur apprennent les vrais joies de l’escalade, la découverte de grimper en cordée, d’atteindre le sommet, de découvrir la vallée et qui prennent la peine de découvrir les fleurs et les arbres, en descendant par le chemin, des grimpeurs qui ont compris, avec leurs os vieillissants, que ce qui compte est un ensemble d’actions, le souvenir d’avoir réalisé des rêves et puis, qu’est-ce qu’il y a de plus beau que d’être assis là, en haut des rochers, comme l’homme fait depuis des millénaires, profitant du soleil au-dessus d’une vallée remplie de nuages ?

Pendant les vacances de carnaval, il a fait chaud, très chaud, peu de grimpeurs. Ils sont partis vers le Sud, là où il fait peut-être encore plus chaud. Pourquoi courir aussi loin, consommer des quantités de carburant, faire des gros frais, alors qu’à portée de la main nous avons le bonheur, des petits bijoux. Les temps sont à la transhumance massive.
A chaque âge sa sagesse !

Eddy Abst